Mes chers amis, je vous propose aujourd’hui une plongée dans la science-fiction française à travers un monument de la bande dessinée, une véritable source d’inspiration pour bon nombre de fans de space opera bien avant le Star Wars. Revenons dans les années 60 et 70, à cette douce époque pleine de chanvre et de créateurs talentueux avec Les aventures de Valérian agent spatio-temporel.
UN VOYAGE UNIQUE
Valérian est un voyage unique dans des contrées fantastiques, c’est aussi la preuve que la France a toujours été un pays de fantaisie, de fantastique et de science-fiction faisant taire à jamais tous ses grincheux adepte du réalisme et fossoyeurs de l’imaginaire. Cette saga a commencé en albums cartonnés avec La cité des eaux mouvantes (même si les histoires du hors-série «Les mauvais rêves» sont antérieurs) et nous montre deux jeunes gens Valérian et Laureline traversant l’espace et le temps pour le compte de Galaxity, une nouvelle version de l’empire terrien, Valérian et sa compagne comme notre bon Docteur de la BBC ne doivent pas interférer avec l’histoire, mais leur courage et leur humanité les conduisent parfois à ne pas obéir aux ordres pour sauver des innocents surtout quand le pouvoir terrien défend des intérêts pas toujours très clairs.
À L’ORIGINE
Cette bande dessinée signée par Christian Mézières au dessin et Pierre Christin au scénario a joué un grand rôle pour la démocratisation de la science-fiction dans les années 60 plutôt réservéeà un public spécialisé. L’œuvre de nos deux compères a préparé les Star Wars ou les Matrix de demain. Les emprunts de Lucas à la saga de Valérian et Laureline sont nombreux comme le faucon Millenium qui entretient d’étranges similitudes avec le vaisseau de nos deux héros. Nous pouvons aussi noter l’emprisonnement d’Han Solo dans la pierre semblable à celui de Valérian dans l’empire des mille planètes ou les vêtements de Laureline dans Le pays sans étoiles identique à la tenue de princesse Leila dans Le Retour du Jedi.
Revenons sur le deuxième album de la série L’empire des mille planètes que je vous invite à lire expressément et qui vous montrera le génie des créateurs de cette série. L’empire des mille planètes est l’album qui m’a introduit à Valérian. Mézières invente ici une esthétique et impose une vision d’un fantastique peuplé d’extraterrestres malveillants tout droit sorti d’un film de Leone. À la manière du western spaghetti, Valérian a réinventé, et modernisé les figures de la science-fiction pour les inscrire dans la modernité. Comment ne pas citer des merveilleux albums comme Sur les terres truquées qui nous présentent un monde à la Wachowski, avec un Valérian perdu dans d’innombrables mondes virtuels ou Les oiseaux du maitre avec son esthétique à la Conan, magnifique manifeste politique contre tous les totalitarismes. Les albums de Valérian des années 60 et 70 sont des incarnations de la SF à venir au cinéma et à la télévision,.En effet, La cité des eaux mouvantes annonce New York 1997, L’ambassadeur des ombres est clairement un Babylon 5 avant l’heure quant aux héros de l’équinoxe c’est la version SF et parodique des Avengers… Enfin, le Doctor Who de Russel T Davies (en gros le Who de 2005 depuis la réinvention de la série) hante les pages du très beau Métro Châtelet direction Cassiopée.
MÉZIÈRES : UN TRAIT UNIQUE
Le style de Mézières est d’une grande humilité, le dessinateur privilégie les histoires de Christin et ne tombe pas l’innovation gratuite. Pour autant, Mézières n’est pas un passéiste, un défenseur de la ligne claire. Christin son scénariste avait trouvé une expression à son sujet : « à l’arrière garde de l’avant-garde. » Mézières a cherché un style moderne sans tomber forcément dans les effets de mode d’une époque, ce qui permet à son dessin d’admirablement passer le temps. Ses cadrages sont précis avec des formes pures et élégantes, Mézière est le maitre des décors grâce à son esprit proche de celui d’un d‘architecte. La simplicité de son dessin n’est qu’apparente, son style est d’une grande richesse. Grâce à sa gestion des immenses espaces où la faune et la flore sont traitées avec un grand détail, il reste l’un des dessinateurs importants de la science-fiction des années 70.
DES HÉROS ÉTERNELS
Valérian et Laureline dès leur début sont un couple moderne. Les 2 jeunes héros entretiennent une vraie relation amoureuse, ce qui n’était pas si fréquent dans les années 60 et où la bande dessinée commence à s’émanciper. (Nous n’étions pas avec Valérian dans la Bd pour Adultes comme chez Forrest) Cette modernité s’incarne dans Laureline, femme intelligente et de caractère. A cet égard, l’album Les héros de l’équinoxe qui est un véritable manifeste féministe réduisant les hommes à des super-héros ridicules. On peut regretter que la série s’intitula longtemps Valérian agent spatio-temporel sans créditer Laureline. (ce qui sera le cas dans les derniers albums)
Comment ne pas évoquer le dernier album de la saga L’ouvretemps (ATTENTION SPOLIER !) qui nous présentait deux héros fatigués de leurs aventures se réincarnant dans deux enfants. Quand on y réfléchit, la bande dessinée de Mézières reste un cas assez unique d’une saga qui repose sur un couple ou l’intrigue amoureuse n’est pas le ressort de la série. (D’ailleurs, nous ne voyons pas dans la bd le moment où ils se mettent ensemble) Valérian et Laureline c’est le couple mixte de la bande dessinée avec un héros loin d’être parfait et gaffeur et une héroïne intelligents et sexy sans être vulgaire. Un couple éternel comme l’indique la fin de la saga.
LE SOUFFLE DE L’AVENTURE
Pour ses nombreux lecteurs, Valérian reste synonyme d’aventures. Des histoires palpitantes avec des personnages charismatiques et plus profonds qu’il n’y paraît au cœur de décors et des mondes au-delà de l’imagination. Cette bande dessinée fut longtemps synonyme de réinvention à chaque album, elle ne s’enfermait dans la science-fiction pur et dure en y apportant beaucoup de fantaisie. (Ses monstres hantant le métro parisien !) Ce n’est donc pas un hasard si Besson appela Mézières pour Le cinquième élément, le dessinateur souffla alors à notre bébé joufflu du cinéma français l’une des meilleures idées du film : les taxis volants.
LA FIN D’UNE ÉPOQUE
Si Valérian a jeté jusqu’au milieu des années 80 une référence indémodable. À partir des années 80, la série a été moins marquante. Peut-être que le choix des deux auteurs de continuer l’aventure sur plus de 40 ans était un pari trop difficile. À ce titre, Valérian est un cas unique d’un point de vue scénaristique dans la BD. Dans ses premiers albums des années 60, la série posait comme principe narratif la fin du monde en 1986. Arrivé à cette époque fatidique, 12 albums et une vingtaine d’années plus tard, Christin a essayé de retravailler son intrigue. Comment un lecteur en 86, pouvait lire une bande dessinée où la fin du monde avait déjà eu lieu ? Si sa réponse narrative est relativement intelligente, on peut penser que les deux auteurs auraient pu conclure sur cette date et finir la série.
C’est donc à partir des foudres d’Hypsis (qui répond à la question de la fin du monde en 86) que les auteurs ont semblé perdre leur statut de précurseur et de défricheurs recyclant à leur tour les films de SF qu’ils avaient pourtant inspirés. Néanmoins, les douze premiers albums de Valérian restent des petites merveilles inégalables, mille fois plus passionnantes et intelligentes que 30 ans de SF américaine au cinéma. Les albums des années 90 et 2000 sont plus faibles, mais pris séparément, ils restent très agréables.
LE REGARD DE L’ENFANCE
Valérian est pour moi un concentré de souvenirs. Petit, je cherchais dans chaque bac des bibliothèques ses aventures spatiales, sachant que j’allais faire un magnifique voyage dans des terres inconnues. Si vous recherchez le rêve et l’évasion, je vous invite à lire cette bande dessinée, qui vous émerveillera. Les premiers albums restent des pièces d’orfèvre, d’une intelligence rare servie par un dessin solide (certaines proportions ont choqué des lecteurs, mais ils oublient le boulot de titan de Mézières question décors).
Vous serez surpris, passionnés et émus par nos deux héros. Vous vous souviendrez avec bonheur d’une époque ou le space opera n’était pas l’occasion de vendre des burgers chez Quick, d’une époque l’imaginaire et la fantaisie étaient le plus importants.
(PS ; je ne reviendrai pas sur la série animée adaptée de la bande dessinée très moyenne qui montre le saccage qui a été fait autour de Valérian. Il est quand même inimaginable que nos auteurs n’aient pu faire un long métrage d’animation de leurs aventures, se faisant piller par les réalisateurs américains ! Imaginez qu’ils soient américains, Lucas aurait pu se rhabiller avec sa saga !)



















superbe article je connais vaguement les derniers albums (visiblement pas les mieux
)
Merci pour vos avis. Valérian est vraiment une très bonne bande dessinée !
bel article.
Perso je n’ai pas acheté le deux derniers albums
Cette série a forcément perdu de son originilaté à une époque mais on lui pardonne. Elle est superbe même si je trouve qu’après « les armes vivantes », elle commmence à décliner…dur de face aux comics et aux mangas qui déferlèrent dans les années 90.
Le meilleur de la B.D sf française (mondiale ?) avec Moébius et Druillet.
Luc Besson va en faire l’adaptation en 2015…
Je voulais écrire 2013!!!
J’ai un petit peur chère Elisabeth du résultat, mais attendons !
On peut retrouver un plaisir assez similaire ( en tout cas pour moi ) à la lecture du « Cycle de Cyann » de Bourgeon et Lacroix…un monde futuriste et….végètal !
Merci Mr Thanagra pour cette référence !
Je ne connaissais pas mais vous l’avez très bien vendue. Excellent j’y cours